Après le faux pas de la semaine dernière, la saison 5 de Mad Men reprend un peu de couleur avant la dernière ligne droite avec cet épisode de Noël. Le synopsis de AMC est un peu mensonger, certes, puisqu’il affirme : des vœux de Noël se réalisent… Si c’était vrai, les personnages risquent d’avoir une sacrée gueule de bois à la Nouvelle Année ! Mais de la spirale dans laquelle descendent certains des personnages, Matthew Weiner et son coscénaristes Victor Levy arrivent à tirer pas mal de matière.

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Don-Joan : juste une mise au point…

Don Draper (Jon Hamm). Joan Holloway (Christina Hendricks). Dans l’œil du public, même de ceux qui n’ont jamais vu la série, il s’agit des deux figures de proue de la série, et également des deux acteurs les plus prisés des couvertures de magazines. Même si tous les épisodes comportent au moins une intrigue autour de Don, Joan n’a jamais vraiment eu les mêmes honneurs jusqu’à cette saison. Mais de manière plus générale, ces deux-là ont rarement été seul à seul dans une même scène. Erreur réparée avec ce grand moment de fanservice casé en plein cœur de l’épisode. Les prémisses de cette scène intimiste dans un bar anonyme, avec une Jaguar de location stationnée dehors, sont pourtant assez sombres. Joan s’emporte contre la secrétaire qui n’a pas pu empêcher le coursier de lui remettre les documents de la procédure de divorce. Par ailleurs, Roger (John Slattery), au courant de la véritable paternité de Kevin, souhaite participer financièrement à son éducation, ce que Joan rejette promptement. Du côté de Don, après le coup de blues des dernières semaines au niveau professionnel, c’est une pièce clairement anticonsumériste que Megan (Jessica Paré) l’emmène voir. Après une énième dispute de retour à l’appartement, cette pique de Don résume bien l’ambivalence de Megan, qui a quitté la firme avec son assentiment : « Personne n’a fait de meilleure campagne contre les publicités que toi. »

Lorsque Pete (Vincent Kartheiser) leur apprend qu’Edwin Baker (David Hunt) a été viré à Jaguar, les pontes de l’agence sont ravis d’apprendre qu’ils ont droit à une seconde chance. Et c’est Don qui est chargé d’une « étude de marché » particulière, en allant tester un des modèles haut de gamme chez un concessionnaire new-yorkais. Pete lui suggère d’amener Megan, ce que Don refuse. Mais voyant le raffût causé par Joan, c’est elle qu’il choisit, et en se faisant passer pour un couple, ils réussissent à faire des merveilles. La teneur de l’échange reflète surtout de leur vieillissement et de leur amertume : Joan pense qu’aucun prétendant ne voudra être avec une mère célibataire, question de mœurs. Don lui apporte sa vision du divorce, et également la vision que Joan donne au sein de l’agence. Il s’agit, à leur manière, de se réconforter quant aux défis à venir. Don a du mal à avoir des idées pour le pitch, se plaignant « qu’il ne ressent rien en conduisant cette voiture ». Joan lui rétorque : « C’est parce que tu es heureux, tu n’en as pas besoin. » Le bonheur. Simple comme un bouquet de fleurs, que Joan reçoit en fin d’épisode après l’avoir noté envers Don. De l’interprétation de haute volée pour ces deux-là, qui n’ont jamais eu à souffrir d’une tension sexuelle pour avoir une relation forte et fascinante.

Hare Krishna et Capitaine Kirk

Harry Crane (Rich Sommer) a droit à une intrigue à lui seul cette semaine, ce qui paraît plutôt aléatoire mais valable pour une série comme Mad Men. Après tout, elle a bien dépeint Ken Cosgrove (Aaron Staton) en Isaac Asimov de gares il y a quelques semaines… Mais il s’agit plutôt pour Harry de le faire interagir avec un revenant : Paul Kinsey (Michael Gladis), qui n’a pas été revu depuis la saison 3, et se complaisait déjà dans les cercles sociaux progressistes new-yorkais. On nous apprend en quelques mots qu’il est passé par toutes les agences de Manhattan sans succès, et on le retrouve métamorphosé en…disciple de Hare Krishna, qui était apparemment un groupuscule religieux populaire à l’époque. Paul invite Harry à une prière, et sa copine, Lakshmi (Anna Wood, qui n’est pas Juliette Lewis) lui souffle les mots à incanter. Une séquence hilarante, qui va s’ensuivre d’une autre plus embarrassante pour Harry : Lakshmi s’invite dans son bureau et le séduit. Une contrepartie bien réelle de la fantaisie de Pete la semaine dernière, mais en contrepartie, Lakshmi souhaite qu’Harry convainque Paul de rester. Elle lui avoue que c’est le meilleur recruteur de Hare Krishna. Paul, lui, souhaite se servir d’Harry afin de produire un épisode de Star Trek qu’il a écrit, et qui est absolument médiocre de l’avis de tous : Harry, Peggy (Elisabeth Moss), et même Lakshmi. Sa mission : le faire passer aux pontes de NBC, lui qui est le Monsieur spots télé de Sterling Cooper Draper Pryce. Harry, pourtant pas le plus farouche des employés, va faire tout le contraire : il va lui dire que son script a été refusé par la chaîne, mais lui donne 500 dollars pour partir tenter sa chance à Los Angeles. Il y a deux types de lecture possible : soit Harry agit par vengeance envers la manipulation grossière de Lakshmi, en l’éloignant définitivement de Hare Krishna ; soit il lui donne de l’argent pour littéralement disparaître de sa vie, tout en sauvant les apparences-les apparences, grand thème de Mad Men s’il en est. Cette intrigue est plutôt légère, et vaut surtout pour les agissements de Paul Kinsey, un des personnages les plus comiques de la série, et à l’interprétation surréaliste de Michael Gladis, dont les talents ont été exploités dans Eagleheart, pastiche de Walker Texas Ranger diffusé sur Adult Swim.

Une fraude qui pourrait coûter cher

Christmas Waltz c’est aussi la descente aux enfers d’un autre associé de la firme : Lane Pryce (Jared Harris). Avec des problèmes récurrents d’argent, notamment pour financer les études de Nigel, son fils, et payer ses impôts en Grande-Bretagne, Lane commet l’irréparable. Figure de confiance des autres partenaires de la firme, il tente de les convaincre de distribuer 50.000 dollars en étrennes de Noël. Argent qu’il trouve grâce à un énième emprunt, basé sur des promesses de bons retours financiers à venir. Mais Don le fait attendre jusqu’à Noël, pour le coupler avec l’annonce du pitch pour Jaguar. Frustré et en colère, Lane s’enfonce un peu en falsifiant un chèque de 7.500 dollars avec la signature de Don. Une scène qui le lance dans une spirale qui risque de mettre en péril toute l’agence. En effet, Mohawk Airlines, le compte le plus rentable de SCDP, traverse une période difficile avec une grève qui s’éternise, ce qui affecte le budget publicitaire. Et malgré un discours convainquant de Don, qui ne paraissait pas ainsi motivé depuis des lustres, Jaguar n’est qu’un mirage qui dépend du travail acharné des employés durant les six semaines à venir. Ce qui implique un travail durant les fêtes de fin d’année, car des portefeuilles de voitures de luxe aideraient la firme à reprendre du galon. Néanmoins, la déchéance personnelle de Lane risque bien de mener à mal la firme, même si Jaguar rentre dans le sérail des clients de Sterling Cooper Draper Pryce.

Alors que le sceptre de la déchéance professionnelle plane sur beaucoup de personnages, Mad Men nous sert un bon épisode, alternant le tragicomique de l’intrigue de Paul Kinsey avec les échanges révélateurs de Don et Joan. La fin de saison s’annonce difficile à plus d’un titre, avec la frustration de Pete, l’isolement et le relâchement de Don, et deux divorces plutôt amers: celui de Joan et celui de Roger. Sans compter un Lane qui trahit ouvertement la confiance de ses associés par pur égoïsme, qui risque bien de mener à sa perte. Ses jours sont-ils comptés au sein de Sterling Cooper Draper Pryce ?