(Critique) Mad Men – At The Codfish Ball (5.07)
D’abord, un fait rare pour être signalé: Matthew Weiner a délégué l’écriture de l’épisode de cette semaine à Jonathan Igla. Il a l’habitude de s’approprier la coécriture de la grande majorité des épisodes, mais peut-être était-ce un moyen de sauver les apparences après un épisode qui reste assez en-deçà des semaines précédentes, et comptant des scènes assez fortes, mais moins marquantes que par le passé.
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Les parents en visite
Nous rencontrons enfin les parents de Megan (Jessica Paré), Emile (Ronald Guttman) et Marie Calvet (Julia Ormond) à l’occasion de leur visite à New York. L’occasion de nous éclairer un tout petit peu sur le passé de Megan, et éventuellement son éducation. Marie Calvet est, dans un sens, assez semblable à Megan, et on apprend que cette dernière étant la « favorite » d’Emile, sa mère devait être compétitive, ou du moins du point de vue de Megan. Don (Jon Hamm) n’a pas trop de choix que de s’y fier, et la barrière du langage n’aide pas. Il s’ouvre à Roger (John Slattery) de sa difficulté de plaire à son père, notamment en raison de ses vues extrêmement marxistes. Néanmoins, la guerre froide annoncée restera détente entre Don et Emile, puisqu’on est témoin d’un manque de communication entre le père et la mère. Manque de communication dont on comprend que Megan essaie de pallier avec Don, comme dans la scène de la semaine dernière où Don refuse de l’écouter et va démarrer sa voiture. Les soupçons d’infidélité de Marie envers le père la pousseront vers Roger, qu’elle rencontre pour la première fois au banquet. Nous y revenons plus loin.
L’antagonisme entre parents et enfants, inévitable dans toute série avec un épisode « la famille en visite », pointe enfin le bout de son nez lorsque Megan et Emile ont une discussion franche sur ses aspirations d’actrice déçues, et le fait qu’elle trouve un certain compromis et un nid douillet personnel et professionnel avec Don. Cette scène est d’autant plus amère que Megan a eu l’idée motrice pour enfin pouvoir vendre la campagne Heinz, après des mois de rejet par le représentant, Raymond Geiger (John Sloman). Après avoir compris que le dîner auquelle elle assiste doit être l’occasion pour Geiger d’annoncer que SDCP ne s’occupera pas des campagnes, elle tente un pitch de la dernière chance avec Don. Une scène pivotale, aussi tendue qu’un déminage de bombe et parfaitement interprétée.
Un concubinage bien difficile
Cet épisode est très fluide au niveau des intrigues, mais nous retrouvons Peggy (Elisabeth Moss) côté couple, et sa relation avec Abe (Charlie Hofheimer) ne s’est pas arrangée. Il semble peu supporter ses visites à SDCP, et l’ambiance volontiers graveleuse qui règne avec ses collègues de l’agence. Tous les signes sont réunis pour une rupture, selon Peggy, et Abe insiste pour un dîner qui serait fatal. Joan (Christina Hendricks) la fait changer d’avis, et spécule sur une éventuelle demande en mariage. Il est intéressant de noter que Peggy suit les conseils de sa mentor jusque dans la tenue unie qu’elle adopte pour le dîner. En réalité, Abe a pour idée d’emménager dans son appartement, afin de se rapprocher d’elle, ce qu’il pense très romantique, mais décontenance quelque peu Peggy. Dans la deuxième grande scène d’antagonisme parental cette semaine, on revoit la mère de Peggy, portée aux abonnées absentes depuis déjà plusieurs saisons, Katherine (Myra Turley). Celle-ci voit d’un très mauvais œil ce concubinage à venir, et pense qu’Abe va juste l’utiliser pour « la pratique » jusqu’à ce qu’il trouve quelqu’un d’autre. Elle sort une réplique cinglante en lui donnant sa recette pour la solitude : prendre un chat. De là à ce que Peggy finisse la série comme Lilly Rush (Kathryn Morris) de Cold Case, entourée de chats estropiés, il n’y a qu’un pas !
Banquet, colin et frustrations
Cette semaine, Don reçoit la visite impromptue de ses enfants, après que Pauline (Pamela Dunlap) se torde la cheville, après avoir marché sur le cordon téléphonique alors que Sally (Kiernan Shipka) était au téléphone avec Glen Bishop (Marten Weiner), un des rares amis dont nous avons vu les sinistres machinations quelques saisons auparavant avec Betty (January Jones). C’est l’occasion pour Sally de se montrer avec son père pour de grandes occasions, à savoir un gala où Don doit recevoir un prix, organisé par l’American Cancer Society. Le prétexte est un peu forcé, et l’intégration de Sally au banquet va donner des scènes savoureuses avec un Roger non accompagné. Celui-ci va l’initier au networking, car il s’agit bien là de lancer de nouvelles opportunités pour l’agence. Ce safari cosy en quête de business cards se révèlera peu fructueux pour Don, encore sur son nuage suite à la conclusion d’un deal avec Heinz. Ed Baxter (Ray Wise) lui rappellera crûment que l’ensemble des hommes d’affaires ont peu apprécié sa lettre ouverte de rupture avec Lucky Strike, et ne souhaitent pas travailler avec lui. Un fait d’armes qui risque de lui porter la poisse pour longtemps, et enfonce le clou quant à sa déchéance professionnelle annoncée, que nous avons vu en fin d’épisode 6 (Lire ici notre critique) avec un rappel à l’ordre cinglant de Bert Cooper (Robert Morse). Cette scène sonne faux à plus d’un titre : d’abord, la lettre ouverte remonte à plus d’un an dans la chronologie de la série (épisode 12, saison 4), et cela n’a pas empêché les affaires de se poursuivre à Sterling Cooper Draper Pryce. Ensuite, utiliser un acteur comme Ray Wise pour remettre Don à sa place est assez caricatural et poussif, à l’encontre de la subtilité qu’adopte la série. C’est un peu comme si Don se faisait rouler dessus par un char.
Sally, elle, finira l’épisode avec un traumatisme de plus, surprenant sa nouvelle grand-mère, Marie, en pleine fellation avec Roger. Cela aboutira à sa réplique finale, lucide et cinglante à la fois : « La ville est sale ».
Finalement, cet épisode de Mad Men est à l’image du colin d’Alaska du titre : certes bourratif en termes de texture et d’intrigue, mais plutôt blanc et oubliable en fin de compte. On fait donc un peu la moue, comme Sally au banquet, et l’ensemble des convives de la table de Don. Un plan panoramique qui nous rappelle que Mad Men est aussi une série jouant sur les frustrations des personnages, qui aime être imprévisible, mais aime aussi torturer sa distribution. Un peu trop peut-être, cette semaine.
strong

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