(Critique) Mad Men – Dark Shadows (5.09)
Cette semaine, Mad Men est loin de nous servir un grand cru. La faute au retour de Betty Francis, ex-Draper (January Jones), et même si la série continue de nous dépeindre ses personnages principaux à la dérive, on finit l’épisode en se demandant si ce n’est pas la série toute entière qui devient de plus en plus bancale.
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Weight Watchers et manipulation de poids
Il s’agit donc de la première incursion de Betty Francis dans la série depuis le deuxième épisode de la saison. Une décision qui était de nature à ravir une bonne frange des fans de la série, et motivée par la grossesse de January Jones. Le deuxième épisode, qui nous dépeignait une Betty complexée par sa prise de poids, faisait du surplace narratif, et cela continue avec cet épisode. Betty Draper ne devient intéressante qu’à travers le prisme de l’éducation de Sally (Kiernan Shipka), mais Erin Levy (scénariste de cet épisode) prend un malin plaisir à nous présenter, de longues scènes durant, une femme au bord de la crise de nerfs. Betty fait la moue devant son assiette (au début et à la fin de l’épisode, qui plus est), Betty rentre dans l’appartement de Don (Jon Hamm) et surprend une Megan (Jessica Paré) très en forme(s) en train de s’habiller, Betty s’asperge de chantilly dans la bouche tel un chien enragé, avant de le recracher dans l’évier… La série tant plébiscitée pour sa finesse bascule cette semaine dans la farce et la caricature.
La frustration de Betty, déclenchée par un gentil mot de Don envers Megan sur lequel elle tombe par hasard, va engendrer des évènements affectant Don plus particulièrement. Pour cela elle va aller chercher, au sens figuré, dans la boîte de Pandore étiquetée « Dick Whitman », dont nous avons vu un exemplaire bien réel en fin de saison 2. Alors que Sally prépare un arbre généalogique pour l’école, elle lui balance que Don était déjà marié avant de rencontrer Maman, ce qui va amener Sally à une agressivité incontrôlable envers Megan, en qui elle a pleinement confiance. Le plus intéressant est que Sally entend Megan et Don se disputer et réalise que Betty l’a manipulée afin « de nous pourrir la vie alors qu’elle est à cent bornes de nous, ce qui est exactement ce qu’elle veut » dixit Megan. La clarification de Don est plutôt tendre, et nous offre une des rares occasions de contentement des fans de cet épisode. Sally apprend également la cruauté et rapporte à sa mère que Don et Megan « ont dit beaucoup de bien » d’Anna. La réaction de marâtre contrariée de Betty, ainsi que la scène finale du dîner de Thanksgiving, où elle avoue « être reconnaissante d’avoir tout ce qu’elle veut, et que personne n’ait rien de mieux » sur un ton de fillette de 8 ans ajoutent à la médiocrité de cette incursion chez les Francis. Cette fois-ci, il serait déplacé de dire que c’est de la faute de January Jones. Certes, une scène nous montre Betty en train de conforter Henry (Christopher Stanley), qui craint avoir changé d’équipe pour rien et se retrouver dans l’impasse. Mais essayer de creuser le psyché de Betty n’est clairement pas une des priorités des scénaristes cette saison.
L’effet Boule de neige
Si Roger (John Slattery) est de plus en plus menacé par Pete (Vincet Kartheiser) en termes de chiffre d’affaire, le génie créatif de Don, qui est directeur artistique, est de plus en plus marginalisé par la prolifération de campagnes signées Michael Ginsberg (Ben Feldman). Il va donc tenter de travailler sur une campagne pour la marque SnoBall, après avoir lu le travail de Ginsberg. Ce dernier opte pour une campagne plus légère, plus « fun » à destination des enfants. Après l’avoir vu répéter dictaphone en main, Don présente un diablotin friand de SnoBall, imitation de Belzébuth à la clé. Ces concepts sont approuvés avec enthousiasme par Harry (Rich Sommer) et Ken Cosgrove (Aaron Staton). Ils sont mis en illustration et présentés côte à côte au staff, mais lors de la présentation, Don prend la décision de partir avec son idée, et conclut le deal, sans présenter l’idée de Ginsberg. Ce choix d’autorité et de partialité sert également à fuir les problèmes : il ne s’agissait que d’une habile manœuvre pour asseoir son leadership en termes de campagne. On a également une réplique cinglante de Don, qui avoue à un Ginsberg irrité dans l’ascenseur, qui lui avoue qu’il a de la peine pour lui : « Tu n’es jamais à mon esprit. »
« Tu as souillé cet appartement »
C’est au tour de Roger de prendre un acolyte afin de clore un deal, cette fois-ci Manischewitz, une marque de produits kosher qui souhaite lancer une gamme à destination du grand public. Bert contraint Roger à clore le deal avec les représentants, et d’utiliser « son épouse de confession juive ». Contrairement à Don et Megan avec le pitch de Heinz, il va devoir monnayer la présence de Jane Sterling (Peyton List), qui souhaite acheter un nouvel appartement, « l’ancien est souillé par trop de mauvais souvenirs », selon elle. Il achète également les services de Ginsberg, selon les mêmes termes qu’avec Peggy (Elisabeth Moss) quelques épisodes plus tôt. Malgré le fait qu’elle sauve les apparences envers Ginsberg, Peggy souligne le manque de loyauté de Roger, qui lui rétorque que c’est « chacun pour soi ». Beaucoup de fans et critiques ont remarqué que cette réplique, ainsi que la remarque de l’amie de Megan comme quoi « la vie n’est pas juste », sont les deux thèmes de la saison, et je ne suis pas loin de penser la même chose. Après la conclusion du deal avec Manischewitz, Roger ramène Jane dans son nouvel appartement, et ils ont à nouveau une relation. La scène « du lendemain matin », avec une Jane déprimée et un Roger honteux, est sans doute la plus réussie de l’épisode. Il montre que le comportement de Roger commence à dépasser la ligne jaune, même pour lui, et s’excuse auprès de Jane. Cela illustre, comme il le pressentait quelques épisodes plus tôt, que ce divorce va lui coûter très cher, sans doute bien plus que de l’argent.
Quelques mots, pour conclure, de Pete. Celui-ci est brièvement vu en train de parader grâce à une place qu’il aurait obtenu dans un hors-série du New York Times autour de l’agence. Cependant, l’article ne fait aucune mention de lui ou de l’agence, et un Pete furieux se fait rembarrer par Don lorsqu’il souhaite râler. Une sous-intrigue sans aucun intérêt, qui donne lieu à la scène la plus caricaturale : un rêve érotique où Beth (Alexis Bledel) réapparaît dans son bureau, apparemment attirée par sa soudaine célébrité et l’article du Times. Une idée franchement ridicule, qui envoie le personnage le plus ambitieux de la série dans les abîmes du lubrique et du pathétique.
Cette semaine, Mad Men était en autopilote et ça se voit. De la régression du personnage de Betty aux maîtresses aux yeux de biche débarquant peu vêtues dans le bureau de Pete, « Dark Shadows » flirtait avec la comédie involontaire. Malgré des scènes satisfaisantes entre Roger et Jane, et l’excellente Kiernan Shipka, alias Sally Draper, qui s’acquitte de ses scènes avec les honneurs, l’épisode est à oublier. Assez vite.

Avant la diffusion du (premier?) Christmas zode de #MadMen ce soir, retour sur le 5.09: http://t.co/dzfn63bG