(Critique) Mad Men – Far Away Places (5.06)
Changement de rythme pour Mad Men cette semaine. Là où la grande majorité des épisodes alternent les intrigues et téléscopent les scènes, Far Away Places choisit de nous présenter trois vignettes suivant trois personnages dans l’ordre: Peggy (Elisabeth Moss), Roger Sterling (John Slattery) et Don (Jon Hamm). Leur temps d’antenne se trouve parfaitement équilibré, quitte à jouer avec la chronologie: ainsi, Peggy reçoit un coup de fil de Don dans sa vignette, mais la vignette de ce dernier nous retrace sa journée de son point de vue avec Megan (Jessica Paré), en parallèle de celle de Peggy.
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Ca va être une journée de merde
La matinée commence donc avec Peggy au saut du lit se préparant pour un pitch important avec Heinz, client-phare dont nous avons déjà vu le représentant particulièrement difficile les épisodes précédents, Raymond Geiger (John Sloman). On revoit à l’occasion son copain Abe (Charlie Hofheimer), et l’engueulade qui s’ensuit est révélatrice du comportement de Peggy. Le monde d’hommes de Sterling Cooper Draper Pryce ne la conduit-elle pas à se conduire comme l’un d’entre eux, et négliger totalement son homme ? Peggy nous a toujours été présentée comme une bête de travail, et c’est grâce à cela qu’elle a gravi les échelons de la firme. La pression de la présentation de Heinz la conduit au craquage, et aux remontrances envers un Raymond Geiger non convaincu et très indécis quant à ses vues sur les campagnes de la marque. Malgré le rattrapage de Ken (Aaron Staton) envers un client furieux, cela coûte à Peggy la responsabilité du portefeuille Heinz. Elle annonce à Bert Cooper (Robert Morse) qu’elle va voir un film, à savoir Born Free (Voir ici le trailer), film oscarisé de 1966 dont on voit beaucoup de scènes de la faune sauvage. Un joint et la masturbation d’un inconnu plus loin, Peggy revient se reposer à l’agence. Elle est réveillée par un coup de fil de Don, puis une discussion avec Ginsberg (Ben Feldman) nous en apprend plus sur la nouvelle recrue de Sterling Cooper Draper Pryce. Après les nouvelles de Ken… pardon, Ben Cosgrove la semaine dernière, Ginsberg nous apprend donc qu’il est un Martien. Mais gentil, comme E.T. Recueilli par son père en Suède après être né dans un camp de concentration où sa mère serait morte, il est convaincu qu’il n’est pas « d’ici ». Cette scène tragicomique aide à brouiller les pistes sur Ginsberg plus qu’elle clarifie les choses quant à ses motivations. Cette escapade martienne signifierait-t-elle que Weiner déblaye le terrain pour un éventuel pétage de plombs, ou une perte de contrôle de Michael Ginsberg, qui nous est présenté comme un génie créatif ? A voir.
Un trip révélateur
Far Away Places laisse donc littéralement de côté Peggy après une scène où elle s’excuse auprès d’Abe, et se concentre sur une soirée mondaine à laquelle participent Roger et son épouse, Jane (Peyton List). Clou de la soirée : la prise de LSD par les invités, dont plusieurs avaient déjà eu leur premier trip. Jane va convaincre Roger des bienfaits de l’expérience, et du côté fun. Mad Men n’a jamais vraiment essayé le psychédélisme, mais après les mauvais rêves de Don dans Mystery Date (Lire ici notre critique), c’est une autre incursion dans le psyché de Roger. Point de modifications de la couleur ou d’audaces formelles, ici c’est l’irruption de la bizarrerie dans la réalité qui est choisie. De l’opéra qui sort d’une bouteille de champagne, les cheveux de Roger de deux couleurs : la scène du trip est beaucoup plus des hallucinations qu’un délire allant crescendo: le match que regarde Roger depuis la baignoire est hors champ avec juste des sons de foule pour nous le suggérer. On n’a pas droit au couple Sterling nu dans la baignoire au beau milieu d’un stade en délire. Pas de sacrifice formel de la part de Weiner donc. L’intrigue est plutôt anecdotique, mais sert surtout à faire le point sur le mariage de Roger avec Jane, et que les sentiments de cette dernière et sa volonté de faire marcher le couple ne sont pas réciproques. Cela donne un peu d’épaisseur au personnage de Jane, qui a toujours fait tapisserie et nous était présenté comme la réplique de Roger aux Draper, et au côté trophy wife de cette dernière. La rupture est donc convenue, au petit matin, et malgré la pique de Jane, qui remarque que ce divorce va coûter beaucoup d’argent, Roger est plus calme et touchant. Cela peut être dû aux effets post-LSD, qui neutralisent son côté macho et cassant que la série nous a décrit.
La troisième vignette de Far Away Places, et la plus marquante, narre le voyage impromptu de Don et Megan dans un hôtel Howard Johnson très chic, au nord de l’état, à des centaines de kilomètres. L’anxiété de Megan à quitter Peggy et son équipe à l’approche de la présentation pour Heinz, auquel elle a contribué, conduit à une friction pendant le déjeuner. Une dispute tournant autour de la non-égalité de traitement de Don envers Megan, et une pique rappelant le sombre passé de Dick Whitman va amener Don à planter Megan au restaurant en allant faire un tour. A son retour, Megan est partie, et comme l’ont remarqué beaucoup de fans et critiques, Don va disparaître au profit de Dick Whitman, l’anxieux. Une boule de nerfs et d’inquiétude qui va craindre le pire, et le déchaînement de violence des dernières minutes de l’épisode n’est pas sans rappeler les pulsions déjà vues (en rêve) dans Mystery Date. Megan est rentrée à New York en prenant le bus, et apparaît clairement aussi au bout du rouleau que Don. La manifestation de passion de Don envers sa femme appuie l’évolution du personnage, et sa confiance envers Megan. Mais dans un twist très futé, Bert Cooper va rappeler à Don que sa sérénité conjugale se fait au détriment de son activité professionnelle, et les nuages peuvent s’amonceler sur Sterling Cooper Draper Pryce si les clients deviennent trop mécontents. C’est d’ailleurs un parfait moment pour se remettre en tête l’existence et l’utilité de Cooper au sein de l’agence.
Malgré son audace narrative, l’épisode reste un cran en-dessous des quatre premiers. L’arc de Megan et Don prend son envol et nous dit beaucoup sur leur dynamique, et Jessica Paré prouve qu’elle peut se mesurer sans faille à l’interprétation d’un Jon Hamm. Quelques beaux moments mis à part, les intrigues de Peggy et de Roger restent assez anecdotiques. Pour ma part, il ne s’agit en aucun cas du meilleur épisode de la saison (restant un cran en-dessous de Mystery Date), et la structure choisie fait qu’on n’a pas de scène de clôture avec Peggy en fin d’épisode. J’en reste un peu sur ma faim.
