Après beaucoup d’audaces narratives, de segments éclatés et de frustrations qui éclatent au grand jour, comme dans les dernières minutes de At The Codfish Ball (Lire ici notre critique), Matthew Weiner reprend la plume seul pour nous offrir un cru assez conservateur. Ici, pas plus de deux intrigues sont développées, un seul bouleversement est au cœur de l’épisode : de l’épure à tous les étages. Est-ce suffisant cette semaine ?

J’aurais voulu être une artiste…

Weiner choisit donc de continuer à examiner au microscope la dynamique Don/Megan (Jon Hamm, Jessica Paré), et essaie de lever le voile sur son psyché après la révélation de ses frustrations intervenue la semaine dernière. On aurait pu penser que cela aurait pu intervenir vers la fin de saison, mais c’est mal connaître Megan et sa nature plutôt indépendante, qui s’accomode de l’aile protectrice de Don au sein de Sterling Cooper Draper Pryce. En échange, elle s’est comportée tout simplement comme sa muse, et le tandem Don/Megan a réussi à baisser la garde du représentant de Heinz. Mais cela ne semble pas satisfaire Megan, qui passe en catimini une audition pour une pièce sur Broadway. Un rendez-vous qu’elle veut garder secret, mais donne deux prétextes différents à Peggy (Elisabeth Moss) et Don, ce qui lui revient en pleine figure lorsqu’un Don inquiet appelle Peggy à son bureau à plusieurs reprises. Très vite, on réalise que Megan a gardé l’audition secrète moins parce que cela déclencherait l’ire de Don, mais plus car elle pense quitter Sterling Cooper Draper Pryce pour poursuivre sa carrière de comédienne à temps plein. Les talents de démineuse de Megan sont à l’œuvre dans une scène d’explications très franche, et Don accepte avec résignation sa décision. Weiner insère une scène avec Roger (John Slattery) pour entériner l’incapacité de Don à la convaincre de rester au sein de la firme : Pourquoi ne devrait-elle pas faire ce qu’elle veut ? Je ne veux pas qu’elle finisse comme Betty. Néanmoins, Joan (Christina Hendricks) ne partage pas cet avis, et face à une Peggy qui pense qu’elle s’en sortira au vu de ses multiples talents, dit : Elle va être une actrice ratée entretenue par un riche mari. Une observation acerbe, qui en dit beaucoup plus sur la situation de Joan que sur l’éventuel devenir du couple Megan/Don, comme on a pu le voir dans Far Away Places (Lire ici notre critique).

Professionnellement, Weiner nous dit, de manière pas très subtile, que ce changement va affecter la carrière de Don au sein de Sterling Cooper Draper Pryce. Mais cela affecte également Peggy de manière moins frontale, puisque prendre Megan en charge pour les campagnes était une faveur rendue à son mentor professionnel, Don. Et avant son départ précipité, le tandem Megan/Don avait fait merveille dans une scène semi-improvisée pour un des clients de la firme, Cool Whip. Si bien que pour sauver la face lorsque le représentant les accueille dans leur cuisine-test pour goûter des nouveaux produits, Don tente de refaire la scène avec Peggy. Mais c’est toute l’amertume et la frustration envers son mentor qui ressort chez Peggy, tandis que Don semble à peine présent. Peggy n’hésite pas à le remettre à sa place en lui hurlant : « Ce n’est pas après moi que tu en as, alors la ferme ! » Don et Peggy n’ayant partagé que peu de scènes cette saison, cette tension nous rappelle les grandes heures de la saison passée, surtout The Suitcase, qui était une excellente étude des aspirations de l’un et l’autre. Don contemple donc un vide suite à la démission de sa femme, qui lui apportait le coup de jeune nécessaire à ses talents. On vient de voir que Peggy n’est pas à même de la remplacer professionnellement. La fin de saison s’annonce rude pour l’associé de Sterling Cooper Draper Pryce.

Where you lead, I will follow

Les épisodes précédents nous ont montré que Pete (Vincent Kartheiser) se sent trop à l’étroit dans son costard de publicitaire émérite. Il va donc se livrer à de basses aventures extraconjugales, et nous en avons un aperçu avec son voisin de train, Howard (Jeff Clarke), assureur zélé qui partage sa route tous les matins, et qu’on a pu entendre en début de saison. Cette fois-ci il confie à Pete ses relations avec une collègue blonde de manière enlevée, et Pete accueille ses confidences avec un mélange de jalousie et de désapprobation, lui demandant s’il n’est pas inquiet que sa femme le découvre. Néanmoins, Pete Campbell ne serait pas qui il est sans sa dimension perverse, et il va donc raccompagner sa femme, Beth (Alexis Bledel), qu’il rencontre par hasard à la sortie de la gare, alors qu’elle est en train d’attendre Howard en vain. Les fans de série pourraient être curieux de savoir comment Alexis Bledel s’en sort, elle qui incarna sept saisons durant Rory Gilmore dans Gilmore Girls. Mais, à notre grand dam, Matthew Weiner lui donne un personnage en forme de coquille vide, qui refuse une relation extraconjugale avec Pete et préfère s’en tenir à une aventure d’un soir. Celui-ci utilise un subterfuge en jouant sur la compétitivité d’Howard et sa volonté à lui vendre un contrat d’assurance-vie, afin de la revoir. Mais au final, il s’agit moins du début de la relation entre Pete et Beth que la confusion et la frustration de Pete. Celui-ci se plaint qu’elle reste maître du jeu et impassible, et la scène finale de son intrigue n’est que ressentiment envers Beth. On est plus qu’étonné de ne pas avoir droit à une scène anodine avec Trudy (Alison Brie) tant Weiner contrebalançait les aventures extraconjugales de Don et sa vie de famille dans les premières saisons.

C’est donc un épisode de transition marqué par la démission de Megan que Mad Men nous a offert cette semaine. On retiendra également l’utilisation d’une chanson des Beatles, comme pour asseoir la suprématie de la série dans la culture populaire américaine actuelle. Un tour de force qui illustre l’isolement et l’incompréhension de Don face aux expérimentations de Lennon et MacCartney sur l’album Revolver, qui lui est offert par Megan. Clin d’œil à la Beatle-mania, des représentants souhaitent des clones des Beatles pour rythmer une campagne publicitaire inspirée de « Hard Day’s Night ». Il n’en reste pas moins que, pour Don comme pour Pete, Mad Men bascule dans les redites, laissant de côté des personnages périphériques comme Joan ou Lane (Jared Harris), qui ont fait beaucoup pour le renouvellement narratif de la série cette saison. On a compris que le cœur de la série se renferme, il serait temps de revenir au vrai ensemble show auquel la série a excellé cette saison.