(Critique) Les chiens de paille (Straw Dogs) : un reboot inutile ?
Film phare du « Nouvel Hollywood », Les chiens de paille (Straw Dogs) de Sam Peckinpah est l’un des films les plus emblématiques traitant des thèmes de l’ultra-violence et de l’autodéfense dans le cinéma américain des années 70, au même titre que Délivrance de John Boorman, Dirty Harry de Don Siegel ou encore Orange Mécanique de Stanley Kubrick. Dans la multitude de remakes du cinéma US de ces dernières années, Straw Dogs a donc eu droit lui aussi à son reboot. Dustin Hoffman et Susan George laissent place respectivement à James Marsden (La trilogie X-men, The Box) et Kate Bosworth (Superman Returns) dans le rôle du couple de jeunes mariés, et le géant suédois Alexander Skarsgard (True Blood, Battleship) s’impose en leader des rednecks locaux. A la réalisation : Rob Lurie, à qui l’on doit notamment Le Dernier Château avec Robert Redford et le thriller Manipulations avec Hugh Jackman et Ewan Mc Gregor.
Synopsis : Un Anglais et sa femme quittent le pays pour aller s’installer au fin fond des États-Unis. Ils se heurtent bientôt à la violence locale.
Il est intéressant d’observer la différence de traitement entre les deux versions de la scène de viol du personnage féminin. L’ambiguïté de cette scène dans l’original de Peckinpah avait suscité la polémique notammment auprès des féministes de l’époque. Interdit en Angleterre en raison justement de cette scène de viol équivoque, Peckinpah fut accusé de complaisance. Chiens de paille contre chiennes de garde, qui a raison, qui a tort ? Les producteurs du reboot, Marc Frydman en tête pour qui cette scène de l’original lui « fait horreur » (Voir le bonus du Blu-Ray « Soulever la controverse »), n’ont visiblement pas voulu courir le risque de voir naître une nouvelle polémique. Mais en voulant en finir avec l’ambiguïté et le caractère tendancieux de la scène, n’ont-ils pas trahi l’esprit de l’oeuvre originale ? Que la scène soit moralement condamnable ou pas, le traitement qui lui est réservé dans cette nouvelle version de Straw Dogs inscrit clairement le film dans son époque, celle de la bien pensance et du politiquement correct.
Deux screenshots issus de l’original de Straw Dogs (1971) de Sam Peckinpah, illustrants bien le caractère ambigu, équivoque et tendancieux de la scène de viol :
Pour le reste, Straw Dogs 2011 est presque un calque de l’original, avec un « copier-coller » des thèmatiques abordées par Pechinpah : les pulsions primitives de l’homme, le retour à l’état sauvage, la guerre des territoires, la défense du foyer contre l’envahisseur etc… A l’instar du « copier-coller » de Gus Van Sant avec son Psycho, Rob Lurie pratique avec Straw Dogs « l’art du décalque » à merveille. Si dans chaque plan transparaîssent l’admiration et le respect total de Rob Lurie envers le film de Peckinpah, ce reboot de Straw Dogs n’en demeure pas moins au bout du compte une oeuvre aseptisée et inutile. D’ailleurs, la pirouette des producteurs pour justifier ce projet est assez risible. Tourné en Angleterre, Les chiens de paille de Sam Peckinpah n’avait eu qu’un succès relatif aux Etats-Unis. Après l’Angleterre où se situe l’original sorti en 1971, le postulat de départ était de transposer l’action du reboot de Straw Dogs sur le sol américian, en l’occurence dans le sud des Etats-Unis dans un coin paumé du Mississippi. Malgré la relocalisation géographique, le doublon réalisé par Rob Lurie ne fait que confirmer le non-sens de l’entreprise. Soyons cynique, Straw Dogs 2011 a les défauts de ses qualités. En s’acharnant à reproduire presque plan par plan l’original de Peckinpah, Straw Dogs 2011 est devenu un bon film, mais seulement parce que l’original l’était. Et comme pour Gus Van Sant avec le film d’Alfred Hitchock, Rob Lurie n’a pu se libérer et s’émanciper de l’œuvre originale de Sam Peckinpah. La passion rend aveugle.
Straw Dogs (Chiens de paille) de Rob Lurie avec James Marsden, Kate Bosworth, Alexander Skarsgård, Dominic Purcell et James Woods, est disponible à la vente en Blu-Ray et DVD chez Sony Pictures Entertainment depuis le 07 mars 2012 en France.




