(Critique) Titanic 3D : une émotion insubmersible !
Sorti pour la première fois au cinéma en 1997, le Titanic de James Cameron refaît surface 15 ans après sur grand écran, et 100 ans presque jour pour jour après le naufrage du « paquebot de rêve ». Le film a remporté onze Oscars en 1998 dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur, égalant à cette époque le record historique détenu par Ben-Hur de William Wyler sorti en 1959, record par la suite égalé par Le Retour du Roi, troisième volet de la trilogie du Seigneur des Anneaux, réalisée par Peter Jackson en 2004. Deuxième plus grand succès du box-office mondial après Avatar, autre film de James Cameron sorti en 2009, Titanic reste à ce jour le « roi du monde » et numéro un du box-office en France avec plus de 20,7 millions d’entrées, devant Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon et Intouchables (Lire ici notre critique) avec le duo François Cluzet et Omar Sy. Aujourd’hui, l’un des plus grands films de l’Histoire du cinéma, s’offre en plus d’une conversion 2D en numérique 3D, un impressionnant travail de restauration et de re-masterisation numérique 4K. Supervisé par James Cameron, le processus de conversion en 3D de Titanic aura coûté la bagatelle de 18 millions de dollars, avec 300 infographistes à l’oeuvre pendant plus d’un an de travail acharné. Pour autant, que vaut vraiment Titanic 3D en salles ? Cette nouvelle version en relief du film de James Cameron mérite-t-elle vraiment le déplacement ? Titanic 3D peut-il faire chavirer à nouveau le coeur du public en 2012 ? Les réponses ci-dessous.
Pour tout dire, la 3D du Titanic ne fait pas de miracle mais n’est pas pour autant un gadget commercial. Ne vous attendez pas à voir un iceberg vous sauter au visage. A défaut d’offrir de grands effets de jaillissements, le sentiment d’immersion du spectacteur à l’intérieur du Titanic s’en trouve décuplé.
Refusant le spectaculaire, la 3D offre une nouvelle profondeur à l’image et aux émotions. Le résultat est plus intense que jamais. L’impression de toucher du doigt la tragédie du Titanic n’a jamais été aussi vivace et palpable. 15 ans après, que vous ayez déjà vu ou revu le film, la 3D vous invite à nouveau à embarquer de plein pied à bord du Titanic pour le meilleur et pour le pire comme si c’était la première fois.
Etonnant d’ailleurs de voir à quel point la 3D apporte une valeur ajoutée tant pour les séquences intimistes de la première partie du film, que pour les scènes d’action de la seconde. Dans Titanic, la 3D n’attend pas la collision du paquebot avec l’iceberg pour déployer son savoir-faire en la matière. L’embarquement des passagers à bord du paquebot, la commande de la bouillonante salle des machines, la scène où Jack et Rose se retrouvent à l’avant du bateau, sont autant de moments clés du film où la 3D parvient contre toute attente à se rendre indispensable. Paradoxalement, ce sont ces séquences là, hiérarchiquement parlant pas les plus spectaculaires du film, où la 3D est la plus percutante.
Pour le reste, il suffit de revoir Titanic au cinema pour confirmer s’il en était besoin la virtuosité de sa mise en scène, le gigantisme du projet et l’énorme charge émotionnelle de l’ensemble. L’une des prouesses techniques et visuelles du film est celle d’avoir su redonner vie au Titanic, chef d’oeuvre de technologie du début du 20ème siècle et personnage central du film. « Ce bateau est insubmersible. Même Dieu ne saurait pas le faire couler », lançait l’un de ses initiateurs le 10 avril 1912 à l’appareillage du navire au port de Southampton en Angleterre.
En trois heures de métrage, James Cameron construit et déconstruit la légende du Titanic et filme le passage de vie à trépas du « Titan » des Mers, dont le poids de son arrogance l’a entraîné au fond des mers.
A l’instar de la fin humaniste de l’un de ses précédents films, The Abyss, James Cameron fait de Titanic un conte moral à valeur d’avertissement. Toute la science et la technologie déployées par le savoir-faire technique de l’homme n’ont pu empêcher au final la nature de reprendre ses droits. Une légende aux allures de mythe, où l’on peut y voir la manifestation de la colère des océans et du Dieu des Mers Poséidon face à l’arrogance, la vanité et l’inconscience de l’homme. Et la première victime de ce péché d’orgueil est l’homme lui-même, prisonnier de cette machine infernale qu’il ne maîtrise plus.
Film scindé en deux parties : la première, une grande fresque romanesque, et la seconde, un film d’action-catastrophe, le Titanic de James Cameron est une oeuvre double. Pour son film Pearl Harbor, Michael Bay avait tenté d’adopter une structure narrative quasi-identique à celle du Titanic, mais marquée par un déséquilibre d’intérêt prononcé entre les deux parties. Au contraire, Titanic ne souffre jamais d’une perte de rythme ou d’intérêt et ses deux actes s’épousent et s’inter-connectent magnifiquement.
Le film jouit également d’un récit où tout s’oppose, à l’image en premier lieu de ses personnages et de leur statut : les riches en première classe, noyés dans le faste et l’abondance, et le « reste », les pauvres parqués au fond du bateau dans la cale au milieu des rats. Et puis, il y a la liberté sans entraves de Jack Dawson (Leonardo DiCaprio) opposée à l’enfermement doré de Rose DeWitt Bukater (Kate Winslet), prisonnière des conventions et de son avenir déjà écrit d’avec son futur époux, l’odieux Caledon Hockley (Billy Zane). Le silence de mort interminable de la réunion guindée et corsetée de la 1ère classe, rompt avec la « vraie » fête en 3ème classe où la gigue irlandaise ryhtme les coeurs et les pas de danse, dans la joie et la bonne humeur de ses participants. Enfin, cette scène terrible et absurde de l’orchestre du Titanic, imperturbalbe, continuant de jouer coûte que coûte et jusqu’au bout devant des passagers affolés, courant dans tous les sens et cherchant désespérément une porte de sortie. « Une dernière « Danse de noces » funèbre aux allures de requiem, pour l’un des derniers morceaux joué par ce quatuor héroîque de musiciens admirable de dignité (Voir l’extrait ci-dessous).
Cette mise en opposition, presque dichotomique des situations ou des personnages est inscrite dans le scénario brillament écrit par James Cameron. Certains lui repprocheront le systématisme schématique voire simpliste de celui-ci, mais Cameron se sert de ses personnages archétypaux pour s’assurer de toucher le coeur du public. Jack Dawson, héros romantique, devient l’ange protecteur de sa bien-aimée Rose, face à l’adversité aux milles visages du film. Un exemple d’écriture simple mais efficace, où Cameron, s’intéresse autant à la tragédie du Titanic dans sa globalité que dans les destins individuels de ses personnages, plongés contre leur gré au coeur du mythe. Qu’ils soient admirables ou détestables, lâches ou courageux, emplis d’espoir ou résignés, ces derniers participent activement à l’écriture de la légende du Titanic, et James Cameron leur rend hommage jusque dans leurs derniers instants. C’est la grande force du film : arriver à faire coexister à la fois l’intime, comme pour cette séquence où Jack dessine Rose, qui se met à nu pour lui, et la tragédie du Titanic dans son ensemble et sa totalité : de ses heures de gloire avec son flamboyant départ du quai, jusqu’à son naufrage, pour finir par la découverte de l’épave du paquebot, devenu objet de culte scientifique. Un miracle du cinéma s’est accompli : le Titanic « sauvé des eaux » par James Cameron !
