(Critique) Mad Men – Signal 30 (5.05)
Les attentes des téléspectateurs sont souvent trahies par Mad Men. Le previously on de cette semaine nous rappelle les quelques coups bas autour du compte Mohawk que se sont échangés Pete (Vincent Kartheiser) et Roger (John Slattery) en ce début de saison 5. Tout porte à croire que les deux hommes vont s’affronter de manière plus directe, voire physique, dans l’heure qui suit. Eh bien non, la réalité est plus surprenante. De même, Joan (Christina Hendricks) s’étant séparée de Greg (Sam Page) dans l’épisode précédent, on peut s’attendre à une courte scène de réaction. Mais il n’en sera rien, Joan restera témoin de l’épisode. Diantre, qu’ont choisi de nous raconter Frank Pierson et Matthew Weiner cette semaine ?!?
Pete dans l’impasse
Ils ont choisi de s’attarder longtemps sur Pete Campbell. Et également sur sa vie de nouveau papa et les changements que cela induit : en réalité on voit peu le bébé, et cela affecte plus Trudy (Alison Brie) que Pete au final. Signal 30 voit l’éternel insatisfait accumuler les plans foireux, à commencer par la tentative de flirt qu’il initie avec une jeune femme rencontrée en stage pour passer son permis de conduire, Jenny (Amanda Bauer). Matthew Weiner a décidé de ne pas nous donner la suite de la guéguerre Pete/Roger autour de Mohawk Airlines. Au contraire, les deux font preuve d’une certaine complicité lorsqu’il s’agit de se moquer de Lane Pryce (on y revient plus loin). La scène où il tente de faire son Don Draper avec les escortes de luxe est assez révélatrice : il défie la prostituée de lui trouver un fantasme qui puisse le séduire. Celle-ci s’exclame finalement :Tu es mon roi! ce à quoi Pete susurre un : Okay de circonstance. Il est le premier à pointer du doigt la retenue de Don, tandis que lui semble vouloir s’abandonner à la débauche extraconjugale. Et Pete s’en prend plein la face, physiquement (là aussi on y revient plus loin) comme mentalement dans la deuxième partie de l’épisode. Devant des senior partners impuissants, voire amusés, il doit passer le restant de sa journée le visage tuméfié. Et prend la pleine mesure de sa profonde impopularité au sein de la firme, ce qui est confirmé par Joan : Tout le monde dans ces bureaux a voulu faire ça à Pete Campbell. De même, il voit son flirt lui échapper lorsque Jenny retrouve un ancien camarade de lycée, qui le double allégrement, ne serait-ce que parce que ce dernier a l’âge de Jenny, et un physique plus avenant. La fin de l’épisode nous montre un Pete défait et doublé, et surtout vieillissant. Les crocs du workaholic de Sterling Cooper Draper Pryce viendraient-ils à s’éroder ?
Lane : le compte n’est pas bon
Signal 30 est un épisode très ancré dans le temps, et dans un mois : juillet 1966. L’épisode nous donne pas mal de repères temporels, ce qui est assez inhabituel, et comme le fait divers de Chicago la semaine passée, c’est la Coupe du Monde de football, remportée par l’Angleterre, qui donne le coup d’envoi de l’épisode. Et un Lane Pryce pris d’un accès de chauvinisme qui rencontre le représentant de Jaguar aux Etats-Unis, Edwin Baker (David Hunt). Celui-ci souhaite développer sa présence chez l’oncle Sam, et engager des discussions avec SDCP. Avantage supplémentaire : les épouses des deux hommes se connaissent. Les autres senior partners se réjouissent ouvertement du potentiel d’un compte aussi prestigieux, mais petit problème : Lane souhaite traiter avec son client tout seul, arguant qu’entre Anglais on se comprend mieux. Après une réunion de préparation où Roger lui donne un cours de manipulation pour débutants, Lane n’arrive pas à trouver un angle d’attaque pour solidifier ses relations avec Edwin Baker. Roger, Pete et Don prennent un autre rendez-vous d’affaires avec Baker, et passent la soirée dans un bordel non loin de là. Mais ce sera la soirée de trop, puisqu’un Lane ulcéré fait irruption dans la salle de réunion le lendemain matin, hurlant que le deal ne se fera pas, la femme d’Edwin ayant trouvé du chewing-gum sur son pubis, laissé là par une prostituée. Après une remarque désobligeante de trop de la part de Pete, Lane Pryce le provoque en duel, et (n’ayons pas peur des mots) lui démolit la face. Un des temps forts de cette saison, aussi inattendu que jouissif, qui s’ensuit par une scène où il tente d’embrasser maladroitement Joan, qui était là pour le réconforter. Que les shippers Lane/Joan se calment : Joan refuse ses avances en ouvrant la porte, mais Weiner capitalise sur l’alchimie entre Jared Harris et Christina Hendricks, ce qui est, à mon sens, la meilleure idée de la saison.
Ben Cosgrove, romancier d’anticipation
Ken Cosgrove (Aaron Staton) est un des employés les plus discrets, et un des personnages les moins vus de Mad Men. Et on apprend dans Signal 30 que ce n’est pas un hasard : il écrit et publie des nouvelles de science-fiction à ses heures perdues, sous pseudonyme. Un fait que Peggy (Elisabeth Moss) apprend par hasard, en le croisant dans un bar, alors qu’il s’apprête à rencontrer un éditeur. Mais sa femme Cynthia (Larisa Oleynik) laisse échapper son secret lors d’un dîner avec Pete et Don. Cela revient aux oreilles de Roger, qui lui somme d’arrêter ces activités, qui selon lui le distraient de ces activités au sein de la firme. Ce qui est bien adapté au personnage de quelqu’un qui se repose de plus en plus sur le travail des autres, à savoir Pete et Peggy. Ken ne fera que changer de nom de plume. On voit également en filigrane que Ken retranscrit des idées qui lui viennent avec un environnement professionnel étouffant.
Un épisode que j’ai trouvé moins bon que la semaine précédente. Un des thèmes récurrents de la série revient en puissance : l’évasion de sa condition et la multiplication des identités. Pete essaie de faire le coureur de jupons et pouvoir faire des remontrances impunément, mais il ne peut pas échapper au mépris de ses collègues, ni à l’intérêt aléatoire des jeunes filles en fleur. Idem pour Lane, qui s’improvise publicitaire et souhaite faire valoir son pouvoir, mais le costard de pubard aux crocs acérés lui sied mal, tout comme celui de Britannique chauvin. Finalement, celui qui arrive le mieux à trouver de l’émancipation dans sa vie est Ken, mais cela se fait au prix d’une double vie, menée dans l’anonymat et la discrétion.

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