Quel cachottier, ce Matthew Weiner. Les premiers épisodes de la saison ne recelaient pas de grande surprise, mais il y avait bien une grande absente : Betty Francis, ex-Draper (January Jones). Bobby (Mason Vale Cotton), Sally (Kiernan Shipka) et Gene lui étaient laissés en pâture dans un grand manoir sinistre, laissant présager du plus glauque quant à son évolution. C’est donc dès les premières minutes de l’épisode que l’on constate que Betty a pris quelques kilos et ne rentre plus dans son tailleur.

http://www.youtube.com/watch?v=RlbHkH8HwAw&feature=related


Une intrigue qui ne fait pas le poids

Le problème de l’épisode, c’est que les troubles de la Grosse Betty nous sont narrés avec la subtilité d’une Grosse Bertha (canon, pour le coup, ndr). Les enfants étant partis au centre aéré, elle se retrouve seule, flanquée de sa belle-mère, Pauline. Se plaignant de son poids, la conversation devient peu plaisante, puisque Pauline lui conseille de prendre des pilules coupe-faim, afin de faire plaisir à son fils, puisqu’ « elle en a encore l’âge ». L’occasion de réaliser la nature détestable de Pauline, puisque chacune de ses recommandations ressemble à une menace, mais aussi que l’écriture de ce personnage est grossière et répond à toutes les caractéristiques de la marâtre.

Betty va donc chez un médecin pour trouver une solution à cette prise de poids. Ce à quoi on lui rétorque que cela est généralement dû à un ennui intense ou une frustration chez les femmes au foyer. Ce premier quart d’heure s’apparente à une vengeance karmique qui devrait ravir la frange férocement anti-Betty Francis du public, mais en rendre perplexe plus d’un quant à son réel intérêt narratif. Si on a vu avec le premier épisode que quelques personnages n’avaient pas forcément évolué, et se contentaient de remplir parfaitement leur rôle (hello, Roger Sterling (John Slattery), Betty en est limite à régresser dans une posture de femme-enfant. Cela est confirmé par l’interminable scène finale, où après un énième défaut de communication avec Sally, Betty finit le sorbet de sa fille après avoir fixé la coupe comme un puma fixerait une antilope.

Le virage narratif, qui apporte un certain prétexte à cette plongée dans le monde merveilleux des Francis, intervient lorsque le médecin découvre une tumeur à la gorge, et Betty s’empresse de prévenir Don, qui semble assez bouleversé. On peut l’interpréter comme une manière d’attirer l’attention de son ex-mari sur elle, puisqu’il y a fort à parier que la réussite (apparente) du remariage de Don, ainsi que la bonne entente qui règne entre Megan et les enfants Draper ont tout pour troubler Betty. Mais cela reste libre d’interprétation, et même si le propos de la série n’est pas de dire que Betty préfèrerait être cancéreuse afin d’avoir l’attention dirigée vers elle, on nous montre clairement que la tumeur étant bénigne ne la rassure pas vraiment. On nous montre, une fois n’est pas coutume, l’insistance d’Henry à limiter les communications entre Betty et Don, puisqu’il semble surpris que Don appelle pour s’enquérir de sa santé. Alors que la série semble évoluer vers des intrigues d’ensemble, qui se focalisent sur plusieurs personnages qui n’ont pas eu une part d’antenne énorme précédemment (Joan (Christina Hendricks), Lane Pryce (Jared Harris), chaque Betty-centric, comme la saison dernière, vient questionner l’utilité narrative d’une ex de plus en plus annexe aux Draper. Evidemment, le ressort de Betty ne devient essentiel que lorsqu’il s’agit d’aborder l’éducation des enfants Draper, et surtout Sally. Ou encore que Don s’explique sur ses inquiétudes envers Megan, dans une dynamique d’ouverture qui tranche avec ce qu’on sait du personnage.

Un groupe « presque célèbre »  

Côté Sterling Cooper Draper Pryce, Don explore la possibilité d’engager les Rolling Stones pour faire une pub pour Heinz. L’idée vient au cours d’un dîner avec un des pontes de la firme, et elle est émise par ledit gros bonnet, jingle mal chanté à l’appui. Malgré ses réservations, Harry s’arrange pour rencontrer le manager du groupe lors d’un concert d’ici quelques jours. Encore une combinaison inédite, épicée par le fait qu’Harry se moquait du numéro de Megan la semaine dernière, et qu’elle l’a malheureusement entendu. Cela n’aide pas à partir du bon pied, et l’expédition au concert des Stones va s’avérer peu fructueuse. Tandis qu’Harry essaie de rentrer dans la loge des Stones, malgré la sécurité, et de travailler avec le capharnaüm ambiant. Il y parvient, mais son manque de physionomie va l’amener à signer un contrat avec les Trade Winds, qui assuraient la première partie des Stones. Un échec peu conséquent aux yeux de Don, qui annule l’idée et dit à Harry qu’il transmettra à Heinz le refus des Rolling Stones. On voit un Don en train de faire un démarchage de cible envers une fan des Stones, mais cela s’avère assez peu productif. En effet, celui qui fonctionnait souvent comme un scanner pour mieux restituer les attentes de ses clients et pouvoir bien huiler sa machine de présentation de campagnes pub, va s’avérer bien en peine de rentrer dans la tête d’une simple midinette. Don perdrait-t-il pied ?

Ginsberg/Gainsbert

Introduire du sang neuf, c’est le commun de toute une série. Pour « Mad Men », c’est un peu plus particulier. La saison 4 a apporté un ou deux nouveaux personnages, principalement pour pimenter la vie sentimentale de Don, à savoir Faye Miller (Cara Buono), et donc l’actuelle Madame Draper, Megan. Mais outre Dawn (Teyona Parris), la nouvelle secrétaire afro-américaine de Don qui a été embauchée pour sauver, il n’était pas question d’embaucher qui que ce soit à SCDP. Roger décide de faire une entorse à la règle afin d’alléger les charges de Peggy (Elisabeth Moss) (vues comme très rébarbatives et pas assez prestigieuses, tiens donc). Un nouveau pubard, affecté à Mohawk Airlines doit faire son entrée, et Peggy est chargée d’examiner les portfolios. Celui qui est de loin le plus convainquant appartient à un certain Michael Ginsberg (Ben Feldman). L’entretien est pour le moins détonnant, et Michael, jeune et bien habillé, fait preuve d’un ego et d’une arrogance à toute épreuve. Insistant pour voir Don, et ne se laissant pas défaire par une Peggy qui tient à s’affirmer, il sort : « Vous avez vu mon book. Qu’est-ce que voulez que je dise de plus ? » Une scène enjouée qui nous rappelle que « Mad Men » aime souvent se lover dans l’humour, qu’il soit noir ou plus situationnel (comme Harry (Rich Sommer) qui se grille avec Megan la semaine dernière). Malgré les dénégations de Peggy, Roger tient à l’embaucher, et jamais à l’abri d’une fine analyse sociologique ascendant beauf, argue qu’engager un juif apporterait un souffle de modernisation à l’agence.

Après un deuxième entretien avec Don, qui apprécie le côté provocateur et la déférence dont fait preuve Michael à son encontre, Peggy lui confirme l’embauche. Elle s’écrie que sa capacité à maîtriser son comportement et à l’adapter selon l’environnement « la terrifie ». Mais Mad Men a toujours été intéressé par le revers de la médaille, et nous en avons un aperçu avec une première scène extra-professionnelle, où nous rencontrons le père de Michael. Une scène très sobre, où le comportement intraverti de Michael nous laisse très confus quant à sa vraie personnalité, alors que son père lui donne une prière en Hébreu.

Le ciel s’assombrit pour Roger

La concurrence entre Pete (Vincent Kartheiser) et Roger est encore montée d’un cran dans cet épisode. C’est Pete qui s’arroge l’honneur de convoquer toute l’agence et d’annoncer que Mohawk Airlines vient rejoindre la liste des clients de SCDP. Et d’ajouter que si Roger sera responsable des relations avec la compagnie, il se tiendra régulièrement informé des évolutions des campagnes de pub. Une humiliation que ne peut supporter Roger, qui demande, furieux, à Don, « quand les choses reviendront à la normale ». Un Roger de plus en plus isolé et ayant recours à de plus en plus de coups bas pour prouver sa valeur à la tête de l’agence. Une direction intéressante, qui pourrait bien aboutir à une implosion professionnelle plus tard dans la saison, qui sait.

Un épisode de Mad Men mi-figue, mi-raisin, qui remet Betty Francis sur le devant de la scène à travers un rebondissement que n’aurait pas renié Desperate Housewives, et s’apparente fort à une voie de garage narrative. Une intrigue sympathique qui voit le tandem inédit Don/Harry et surtout l’introduction en grandes pompes de Michael Ginsberg, nouveau publicitaire de la firme de Don Draper et consorts, rattrapent le tout.

Mad Men – A Little Kiss (5.01/02) La critique ici