RedLine, réalisé par Takeshi Koike et produit par le studio MadHouse, dont la sortie en Blu-Ray chez Kazé est prévue pour le 19 octobre 2011 (Lire notre article ici), est-il réellement le futur de l’animation comme l’indique l’accroche sur l’affiche promotionnelle japonnaise du film ? D’un point de vue purement technique, certainement, mais pour le reste, rien n’est moins sûr. Redline fascine et sidère par sa richesse visuelle et graphique made in Japan tout bonnement hallucinante autant qu’il déçoit avec son récit sans épaisseur et son absence de réels enjeux dramatiques. Un résultat en demi-teinte qui mérite toutefois d’être nuancé. Explications ci-dessous…

L’Histoire : Des engins de technologie poussés à leur extrême rugissent, les moteurs vrombissent, l’huile coule, la foule est déchainée… Une seule règle : il n’y en a pas. Voilà dans quel ambiance évolue l’histoire de J.P., un pilote casse-cou et féru de vitesse, ainsi que de Sonoshi, sa concurrente prête à tout pour gagner. Chacun d’eux est décidé à remporter le grand prix Redline, la course de voitures quinquennale clandestine la plus dangereuse au monde. Alors attention, coups bas et traîtrises sont de mise. Qui sera déclaré champion ? (Source : Animeka).

Bande-annonce officielle japonnaise version longue de RedLine, réalisé par Takeshi Koike et produit par les studios Madhouse :

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Le film démarre sur les chapeaux de roues avec dix minutes de course ébourrifantes où s’affrontent sans merci des bolides futuristes, lancés à toute allure sur la piste endiablée du Yellowline. Passée cette introduction alléchante, le film adopte un faux rythme dont il aura bien du mal à se défaire jusqu’au climax du film : la RedLine, la course que tout le monde attend. Jusqu’à cette séquence finale anthologique, le public est comme anesthésié par ces tunnels de dialogues et ses personnages sans saveurs. Certes, ces derniers bénéficient de graphismes originaux et décalés à l’image du « gentil Pj » et sa dégaine de cowboy coiffé d’une banane à la Elvis, lui conférant un certain charisme. S’inspirant de l’esthétisme des comics américains, le style rétro-futuriste du film est immédiatement identifiable et se démarque sans peine des autres productions nippones uniformisées. Pour autant, nous aurions tort de résumer Redline a un pur moment de plaisir visuel.

L’ambition visuelle de Koike le formaliste, s’accompagne d’une réflexion sur la recherche d’absolu et de liberté par le truchement de la vitesse, déjà prégnante dans World Record, le court-métrage qu’il avait réalisé pour le projet collectif Animatrix en 2003. Dans ce sixième segment des Animatrix, le coureur Dan Davis est bien décidé à défendre son titre de champion coûte que coûte et à battre son record de sprint. Ignorant la souffrance qui envahit son corps, Don Davis fournit un effort tellement incroyable et surhumain que ses muscles implosent littéralement. Mais ce n’est pas tout, en battant le record du monde de course à pied sur 100 mètres, il franchit miraculeusement les portes de la Matrice pour entrevoir l’espace de quelques instants le monde réel, avant de réatterrir dans la Matrice, cloué dans un fauteuil roulant.

Court-Métrage Animatrix : Record du Monde (World record), réalisé par Takeshi Koike et écrit par Yoshiaki Kawajiri :

Considérons World Record comme l’univers matriciel de Redline, permettant à Koike d’exposer à l’écran ses problématiques d’auteur. Tout comme le sprinteur Dan Davis dans World Record, Pj, le pilote casse cou un brin suicidaire de Redline symbolise le sportif ultime en quête d’absolu et de dépassement de soi. Davis et Pj sont les deux faces d’une même pièce : franchir la ligne rouge (Redline), aller au-delà de ses limites sont pour eux une nécessité absolue, leur raison de vivre. Dès lors, ils vont mettre en jeu leur talent de compétiteurs hors-pairs pour y parvenir. Effort, abnégation et force de caractère constituent les principales caractéristiques de ces athlètes, entièrement dévoués à leur idéal. Tout comme Davis dans World Record qui se déconnecte de la Matrice au prix d’un effort surhumain, PJ, en franchissant la Redline à la toute fin du film, va également ouvrir les portes d’ une autre dimension. La Redline est ainsi vécue par PJ comme le shoot d’adrénalise ultime, sorte d’explosion orgasmique accompagnée par la vitesse infernale de son bolide. Libéré de son encombrant véhicule, l’etat flottant dans lequel PJ accède s’apparente à une petite mort où le danger est tellement grand qu’il n’existe plus : l’abandon total comme signe de sa « déconnection » du monde réel.

Redline se se vit comme une expérience sensitive, bien au-delà de ce que le genre du film sportif nous avait habitué à voir jusqu’à présent. Redline se lit entre les lignes, rouges évidemment : la vitesse est ici présentée comme un exutoire et un échappatoire vers la liberté sans entraves. Koike utilise ainsi tout l’arsenal technique et visuel que seule le monde de l’animation pouvait lui offrir. Montage cut hyper fragmenté, variations de rythmes, dilatation ou étirement à l’extrême de l’action, des formes et des personnages, Koike surfe du côté de l’abstraction quitte à perdre son spectateur en route en raison d’une saturation de détails affluants à l’image. C’est bien connu, le surplus d’informations finit par brouiller le message délivré. Mais Koike s’en moque, il explore les limites du média animé quitte à se brûler les ailes ou le moteur à l’instar de ses personnages de coureurs automobiles. Accompagnée d’une BO rythmée et percutante, la folie technologique déployée à l’écran subjugue. Oeuvre post-moderniste, Redline se vit pied au plancher pour ses séquences de courses dantesques mais reste au point mort pour son déroulement narratif confus.  Takeshi Koike est comme la plupart des artistes, excessif, et Redline est à son image, mais pouvait-il en être autrement ?

Ci-dessous, découvrez le pilote de 5 minutes de Redline, projeté lors de l’édition 2006 du Tokyo Anime Fair (TAF) :

http://www.youtube.com/watch?v=sRgOvzFqgBA