(Critique) Breaking Bad – Hazard Pay (5.03)
Après un épisode qui s’intéressait plus particulièrement à la tentaculaire corporation allemande Madrigal, et les conséquences de la mort de Gus Fring (Giancarlo Esposito), ainsi qu’à la situation personelle de Mike (Jonathan Banks), Breaking Bad se focalise à nouveau sur Walter White (Bryan Cranston), Jesse Pinkman (Aaron Paul) et leur nouveau départ. Elle offre aussi l’occasion à Walt de gérer une crise familiale impliquant Skyler (Anna Gunn) de la façon la plus dégueulasse possible.
Mike, bon Samaritain malgré lui
Nous avons, en début d’épisode, encore un aperçu des ressources considérables de Mike, qui rend visite à un des cadres des Pollos Hermanos en prison au nez et à la barbe de l’administration pénitentiaire, avec l’aide d’un avocat véreux qui ferme les yeux et surtout les oreilles sur leur conversation. Dennis, un des complices de la blanchisserie qui renfermait le laboratoire de Gus, assure Mike de sa loyauté la plus totale, cela même alors que la « prime de risque » qu’il devait toucher a été saisie par les agents fédéraux. Comme l’ombre au mur, l’ancien lieutenant de Gus Fring est une menace plus que jamais présente pour le réseau des Pollos Hermanos, mais doit compenser ces primes de risque à travers l’argent de la méthadone.
Pour une série aussi dense, Breaking Bad aime prendre son temps avec les personnages, et nous suivons donc Walt, Mike, Jesse et Saul (Bob Odenkirk) à la recherche d’une cache discrète où installer leur laboratoire sans éveiller les soupçons. Ils visitent une usine de fabrication de cartons, qui semble un candidat idéal (et, selon Saul, le seul viable) pour s’installer, et partage pas mal de points communs avec la blanchisserie, surtout les sans-papiers qui constituent la totalité de l’effectif. Mais Walt trouve une machine émettant de la vapeur et du sel qui ficherait en l’air la qualité (la plus pure du marché, rappelons-le) du produit. Idem pour une usine de fabrication de tortillas. Mais Walt a déjà calculé un plan ingénieux, qui remet en scène le laboratoire ambulant.
Plus question de van, ceci dit. Il s’agit d’utiliser les opérations de désinsectisation pour emménager discrètement dans les maisons des particuliers et produire une fournée de méthadone. Un laboratoire ambulant qui amène un groupe de complices, en la personne de Vamonos Pest, société très compétente mais dont les employés ont la vilaine habitude de mettre à sac certaines résidences durant ou après les opérations. Des employés nombreux, mais dont Saul assure la fiabilité, en échange d’un pot-de-vin. Mike fait un briefing musclé pour leur ordonner de ne rien voler dans les maisons servant à la production de méthadone, et de ne parler à Walt et Jesse en aucune circonstance.
Pour « maquiller » les produits chimiques en pesticides et cacher les cuves de production, Jesse utilise Badger (Matt Jones) et Skinny Pete (Charles Baker). Pour ce dernier, on remarque sa dextérité au piano, révélation iconoclaste qui nous rappelle toute l’humanité et le potentiel gâché des deux « homies » de Jesse. Néanmoins, connaissant le caractère volatile de Walt, Jesse les garde à distance, probablement à juste titre.
Malgré le bon vouloir relatif de Mike, qui définit clairement son rôle comme le chargé d’affaires et le comptable du trio (ou, pour ainsi dire, triangle, tellement la relation de groupe apparaît fragile), l’ego de Walt refait son apparition en fin d’épisode. Dans une scène très tendue, Walt refuse de payer les anciens associés de Gus Fring avec l’argent de leur première production, et de manière générale, ne voit pas pourquoi les intermédiaires devraient prendre des commissions aussi élevées. Deux logiques s’opposent : celle de Mike, qui est conscient des risques pris par tous, ainsi que des conséquences potentielles de l’enquête de la DEA ; et celle de Walt, Houdini qui souhaite devenir Gus Fring en brûlant les étapes. Jesse réglera la situation en donnant à Mike sa part, devant un Walt qui désapprouve en silence, puis finira par céder. C’est aussi la première fois de la saison que Jesse va à l’encontre de Walt, lui qui est « rentré dans les rangs » et, malgré le trauma causé par l’empoisonnement de Brock, est revenu au Pinkman qu’on a connu les premières saisons. Il apparaît également évident que c’est la glue du triangle, et que Mike aurait sans doute tué Walt sans son intervention. Plus que jamais, comme lors de l’épisode mexicain de la saison dernière, il est pris au milieu d’un conflit où une tierce partie essaie de l’amener loin de White, ou du moins, essaie de le rendre plus antagoniste envers lui.
« Ils meurent tous à la fin, non ? »
L’autre grande affaire de l’épisode, c’est les manipulations sans scrupule de Walter White, qui manigance pour enlever toute nuisance à sa nouvelle vie quotidienne de baron de la drogue (non couronné). Après avoir échangé un regard glaçant avec Brock, il comprend très vite que les conséquences de ses actions risquent de lui revenir. La scène où il fait le parallèle avec sa propre situation conjuguale (en lambeaux) et la difficulté de garder secrète sa double vie amènent Jesse à rompre avec Andrea (Emily Rios)…hors champ. Une manipulation purement égoïste, qui sert à accentuer l’emprise que Walt a sur Jesse. Le spectateur impuissant reste le public de la série.
Impuissante, également : Skyler. Devant un Walter qui s’arroge le droit d’emménager à nouveau dans sa maison, et le rassurant à nouveau du peu de danger de la situation actuelle, l’étau se resserre, et devant une Marie (Betsy Brandt) très envahissante et moralisatrice alors qu’elle rend visite au Lavomatic, Skyler a une crise de nerfs. Un pétage de plombs on ne peut plus louche pour Marie, qui essaie de cuisiner Walt avec la subtilité d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. C’est pourquoi Walt sort le grand jeu, et expose la relation entre Skyler et Ted (Christopher Cousins) au grand jour comme raison de la détresse psychologique récente de son épouse. Une manipulation qui sert à victimiser encore plus Walt aux yeux des Schrader, eux qui croient que le démon du jeu le possède encore, et donc d’éloigner tout soupçon, mais aussi de prendre une revanche de plus sur Skyler. En effet, les fois où elle a osé se mesurer à Walt sont rares à travers la série, et son mémorable « I Fucked Ted » est l’une d’entre elles. On n’a pas droit à la réaction de Walt face à cet épisode de Skyler, mais il y a fort à parier que le prochain épisode, consacré aux 51 ans de Walt, saura pallier à ce manque.
Hazard Pay voit donc un Walt qui souhaite affirmer sa supériorité intellectuelle sur tout le monde, et en grande partie, y arrive avec brio. C’est lui qui invente le système de laboratoires ambulants et utilise la société de désinsectisation avec l’aide de Saul. Lui, encore, qui éloigne Andrea et surtout son fils de Jesse. Toujours lui qui arrive à protéger ses intérêts en enfonçant Skyler, clairement à sa merci, face à une Marie apeurée et suspicieuse. Mais ce nouveau réseau de Walt le baron ne se construit pas sans intermédiaires, et donc des fuites potentielles. Entre Lydia et Madrigal, les employés de Vamonos Pest et les associés de Mike qui toucheront donc une commission sur la production en tant que prime de risque, beaucoup de monde baigne dans les affaires de Walt, Jesse et Mike. Qu’importe : Walt pense avoir la situation sous contrôle, et pis encore, Mike sous sa coupe, comme il le fait remarquer à Saul. Sa menace finale, sous forme de mauvais souvenir de l’égorgement de Victor (Jeremiah Bitsui), fait référence au mythe d’Icare, qui a volé trop près du soleil, et s’est brûlé les ailes en essayant de produire de la méthadone tout seul. Sa remarque peut s’adresser autant à Jesse, qui a outrepassé ses droits en donnant sa part à Mike pour couvrir ses associés ; à Mike lui-même, qui les a tenu au courant lorsqu’il fallait partager les profits ; et à tous ses ennemis. Une mentalité qui se rapproche de celle de Tony Montana, modèle tout à fait transparent de Walter White. Il moque le fait qu’aucun protagoniste du film de Brian de Palma ne survit, et invite Walter Junior à le regarder avec pop-corn à la clé comme une comédie. Au final, Hazard Pay est une bonne description de la famille (au sens propre et figuré) selon Heisenberg.
Plus question de van, ceci dit. Il s’agit d’utiliser les opérations de désinsectisation pour emménager discrètement dans les maisons des particuliers et produire une fournée de méthadone. Un laboratoire ambulant qui amène un groupe de complices, en la personne de Vamonos Pest, société très compétente mais dont les employés ont la vilaine habitude de mettre à sac certaines résidences durant ou après les opérations. Des employés nombreux, mais dont Saul assure la fiabilité, en échange d’un pot-de-vin. Mike fait un briefing musclé pour leur ordonner de ne rien voler dans les maisons servant à la production de méthadone, et de ne parler à Walt et Jesse en aucune circonstance.

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