(Critique) Mad Men – The Phantom (5.13)
Nous voici à la fin de cette nouvelle saison de Mad Men, avec un épisode dont on se demandait s’il allait tenir toutes ses promesses. En effet, les rebondissements qui auraient fait le sel des finales d’autres séries sont intervenus dans les deux derniers épisodes : le départ de Peggy (Elisabeth Moss) de Sterling Cooper Draper Pryce et le suicide de Lane Pryce (Jared Harris). De fait, on ne savait pas si Matthew Weiner avait d’autres surprises en tête, et certains pensaient qu’un personnage allait tomber dans la cage d’ascenseur, rebondissement éventé (c’est déjà arrivé dans La Loi de Los Angeles) mais qui pourrait faire raccord avec l’existentialisme qui plane sur la série. Penchons-nous donc sur The Phantom…
http://www.youtube.com/watch?v=duSiAcUsnNQ
Le passé a une dent contre Don
Don (Jon Hamm) a toutes les raisons d’être groggy après les évènements des dernières semaines. L’épisode ne débute pas quelques jours après le suicide de Lane, mais quelques semaines après. Cependant, c’est avec un mal aux dents prononcé qu’il commence l’épisode, et un remède « de grand-père » : un peu de coton trempé dans du whisky, what else. Les choses ne s’arrangent pas lorsqu’il croit reconnaître son frère mort au combat, Adam Whitman (Jay Paulson), entrant dans l’ascenseur de Sterling Cooper Draper Pryce. C’est très probablement Adam qui est le « Phantom » du titre, et il est intéressant que Weiner fasse la distinction avec le terme « ghost ». Un « phantom » est une manifestation spirituelle désincarnée, et on peut le rapprocher du terme « apparition », plus que du terme fantôme avec les propriétés habituelles. Le suicide de Lane a donc ramené le sceptre de Dick Whitman à Don Draper, et c’est à cause de lui que Don fait le point (silencieusement) sur son mariage avec Megan (Jessica Paré). Cette dernière a de plus en plus de mal à décrocher des places pour des auditions, et en arrive à payer pour les obtenir. On l’a déjà vu à de multiples reprises, la dynamique Don/Betty est très différente de celle de Don/Megan, ne serait-ce car elle connaît ses secrets et fait un certain effort pour le comprendre. Mais l’inverse n’est pas forcément vrai, et la visite de sa mère Marie (Julia Ormond) va mettre le doigt sur sa difficulté à accepter la dure réalité. Megan souhaite avoir sa chance à devenir artiste, mais « même si elle a la fibre artistique, ce n’est pas une artiste » dixit Marie. Après avoir eu vent d’un casting pour une publicité pour Butler, où elle incarnerait Belle (de La Belle et la Bête), elle essaie de se faire pistonner par Don, qui questionne son intention. « Tes amies font ça pour l’argent, et ce n’est pas ce dont tu as besoin », lui dit-il. La fin de l’épisode nous montre une Megan rayonnante en train d’être apprêtée pour une prise, tandis que Don s’éloigne et s’enfonce dans la pénombre. Une manière peu subtile de nous dire que Don laisse Megan dans sa bulle, et aide à obtenir ce qu’elle veut, mais que quelque part, il redevient un étranger, un ange gardien pour elle. De manière plus globale, il donne raison à Joan (Christina Hendricks), qui avait classé Megan et Betty dans la même catégorie : des artistes ratées entretenues par des hommes riches. C’est pourquoi la dernière scène de l’épisode est assez peu surprenante, et on retrouve un poncif des deux premières saisons : Don dans un bar accosté par deux femmes, et l’une d’entre elles lui demande s’il est seul. On ne connaît pas la réponse de Don, mais son visage laisse peu de place au doute. Don redevient le coureur de jupons qu’on a connu, et cela va sans doute tester la solidité de son mariage en saison 6. Mais Megan ayant un arsenal psychologique en place pour contrer la fuite de Don, reste à savoir le pourquoi et le comment de l’éclatement du mariage, qui semble inéluctable.
Pete : le calme après l’électrochoc
Pete Campbell (Vincent Kartheiser) a eu une saison en demi-teinte, qui a vu une tentative de flirt avec une étudiante rencontrée par hasard, et une autre aventure avec Beth (Alexis Bledel), femme de son voisin régulier de train, Howard (Jeff Clarke). Celui-ci refait son apparition avec sa femme, et précise à Pete qu’il l’amène passer un peu de temps chez sa sœur. Beth coupe court à la conversation, mais le rappelle à son bureau plus tard, pour une rencontre à l’hôtel Pennsylvania. Beth lui explique qu’Howard l’a interné à l’hôpital, et que sa condition de dépressive va l’amener à une thérapie par électrochocs le lendemain. Cela peut l’amener à effacer toute mémoire de Pete. Après quelques moments passés à l’hôtel, il ne peut s’empêcher de la retrouver à l’hôpital, mais se rend compte qu’elle ne le reconnaît pas. Cela donnera lieu à une scène de confession où Pete parlera de ses problèmes à la troisième personne, procédé narratif un peu lourd mais très efficace car il donne un peu de relief à un personnage qui n’a pas été épargné cette saison (KO par Lane, anyone ?). Tout y passe : la vieillesse, l’ignorance et la peur du lendemain… Il est assez surprenant de voir que ses scènes avec Trudy (Alison Brie) ne sont qu’une arrière-pensée : il refuse la construction de la piscine au motif que son fils pourrait s’y noyer, et Trudy accepte finalement qu’il prenne un appartement à New York. On ne sait pas trop si Trudy a des intuitions concernant les envies extraconjugales de son mari, ou si elle veut juste s’éloigner d’un personnage devenu trop « sombre » à ses yeux. En tout cas, on avait appris au passage que Pete ne déméritait pas au détour d’une conversation entre Don et Roger (John Slattery), professionnellement, mais l’insatisfaction perpétuelle de Pete, dont il est conscient, peut l’amener dans des recoins très sombres dans les épisodes à venir. Ce qui, évidemment, ne l’empêche pas de se battre avec Howard, qui apprend son aventure avec Beth, et de se faire éjecter du train par le contrôleur.
Perspectives pour l’agence et ses employés
Un season finale se doit d’être dense, c’est pourquoi The Phantom jonglait avec plusieurs plats cette semaine. Il n’y a pas exactement de troisième intrigue cette semaine, juste un assemblage de moments entre personnages, certains plus satisfaisants que d’autres.
Le sceptre de Lane était toujours bien présent à Sterling Cooper Draper Pryce, mais beaucoup moins qu’on l’aurait pensé. En réalité, l’agence enregistre les meilleurs résultats trimestriels de son existence, et engrange au passage le montant de l’assurance-vie de Lane, à savoir la bagatelle de 175.000 $. Don est chargé d’aller remettre 50.000 $ à Rebecca (Embeth Davidtz), qui a laissé les partenaires en dehors des arrangements funéraires. Lane a été enterré en Grande-Bretagne et elle a refusé d’avoir une cérémonie pour le deuil des employés de la firme. La scène est empreinte de ressentiment, et Rebecca n’hésite pas à accuser Don d’avoir « empli Lane d’ambition », lui demandant l’identité de la femme sur une photo que Lane avait conservé sur lui, rappelant ses frasques légères du premier épisode. Weiner n’hésite pas à flirter avec l’inconfortable, en faisant regretter à Joan « qu’elle n’ait pas donné à Lane ce qu’il voulait », avec un regard lourd de sens.
A vrai dire, l’image la plus marquante de l’avenir radieux de la firme, contre toute attente, est le plan des cinq pontes de la firme dans le nouvel étage juste acquis, regardant vers la fenêtre. Un sentiment d’espoir qui redresse clairement la pente après une poursuite laborieuse de Heinz, et les machinations autour du contrat Jaguar (qui n’auront pas fini de causer la controverse, suivant l’orientation donnée à Joan la saison prochaine).
Roger arrive à renouer avec Marie, et même si l’alchimie entre John Slattery et Julia Ormond est palpable, celle-ci définit les limites de leur relation, et refuse de prendre de l’acide avec lui. « Ne me demande pas de prendre soin de toi », lui confie-t-elle. La fin de l’épisode montre un Roger en plein trip seul, et aucune mention n’est faite de son divorce d’avec Jane (Peyton List), contrairement à ce qu’on aurait pu prévoir.
On a également droit à la réponse à la question : allait-on revoir Peggy un jour ? Heureusement, deux scènes nous réconfortent dans l’idée qu’Elisabeth Moss va rester présente dans la série, même si ses nouvelles fonctions la rendent moins indispensable à la série. On peut imaginer des courtes apparitions, à dose homéopathiques, à l’image de Betty (January Jones) cette saison. Elle est donc chargée d’étudier la campagne d’une nouvelle déclinaison de cigarettes de Philip Morris, à destination d’une cible féminine. La courte scène avec Don, qu’elle rencontre par hasard dans un cinéma pour une séance de Casino Royale, ne contient pas de trace de rancœur de la part de Don. Celui-ci a un mot encourageant envers elle. Les cigarettes en question étant fabriquées en Virginie, il y a fort à parier que Peggy travaille sur les Virginia Slims (Lire ici), des best-sellers qui seront introduits à l’été 1968. Une façon comme une autre pour Weiner d’annoncer que Peggy est sur le point de devenir une publicitaire de poids sur la place de Manhattan.
Alors, cette saison 5 ?
Une chose est sûre, Matthew Weiner et son équipe ne se sont pas reposés sur leurs lauriers pour cette nouvelle saison, mais on n’en attendait pas moins. Les frustrations de l’ensemble des personnages, conséquentes à la pression personnelle et professionnelle ont été le grand fil rouge de la saison. Mais pour peut-être la première fois, Weiner a pris conscience que le renouvellement de la série passait par un plus grand temps d’antenne accordé à l’ensemble des personnages, et cela a grandement servi à Joan et Lane. Leurs arcs de la saison, même s’ils sont on ne peut plus différents, sont la grande réussite de cette saison : la séparation de Joan d’avec son mari souhaitant repartir au Vietnam, et les conditions sulfureuses avec lesquelles elle devient partenaire figurent parmi les évènements majeurs de la saison. De même, Lane a été moins présent, mais ses écho fourrés avec Pete dans les bureaux de l’agence, et sa descente aux enfers figurent parmi les meilleures intrigues dramatiques que la série ait offert, aidée par l’interprétation parfaite de Jared Harris. L’introduction de Ginsberg (Ben Feldman) a donné un peu de fil à retordre à Peggy, mais les quelques indices laissés sur sa véritable personnalité, loin du fanfaron de SDCP, laissent assez de marge de manœuvre pour une exploration plus en détail la saison prochaine. De plus, son génie créatif loué et son rôle dans le pitch de Jaguar font de l’ombre à Don, et avec Peggy partie, il y a fort à parier qu’il ait pris du galon lorsque nous revisiterons la firme l’an prochain. Peggy, justement, a eu pas mal de moments anthologiques, donnant un peu de relief comique à une série qui virait noir encre : notamment la scène où elle « négocie » un travail d’urgence pour le compte de Roger, et le plume avec candeur…
Néanmoins, comparé aux autres saisons, le ton sombre et torturé d’une majorité des épisodes donne moins envie de revisiter la saison dans son ensemble. La direction caricaturale donnée à Betty, réduite à une marâtre méchante et complexée par ses problèmes de poids, qu’on voit peu avec son mari mais qui essaie d’envenimer la vie de Don, est le gros point noir de la saison 5 de Mad Men. De plus, l’épisode centré sur Pete, Signal 30 (Lire ici notre critique), est assez vain, le voyant en train de flirter en vain avec une jeune fille afin de se sentir désiré. Heureusement, son aventure avec Beth donne à Vincent Kartheiser une chance de briller, et à Alexis Bledel d’étendre sa palette dramatique, même avec un personnage un peu monolithique.
Top 5 des épisodes de la saison 5
1-Mystery Date (Lire ici notre critique)
2-At The Codfish Ball (Lire ici notre critique)
3-The Other Woman (Lire ici notre critique)
4-Far Away Places (Lire ici notre critique)
5-Commissions and Fees (Lire ici notre critique)


Et le finale: http://t.co/2ntXyVLy